Posidonie : tout se passe dans le prétoire

30 juillet 2026

Le conseil de gestion du Parc a voté une stratégie mouillage qui s'articule autour de plusieurs axes :

  • Aide aux communes pour la mise en œuvre de balisages éco-conçus
  • Restauration passive de l'herbier de Posidonia oceanica avec l'enlèvement de plus de 60 tonnes de macro déchets
  • Validation de l'interdiction de la mise en œuvre de mouillages fixes individuels
  • Utilisation de l'application Donia manager pour le suivi des ancrages de la plaisance

1. Tendance concernant les mouillages

 

Grande plaisance (≥ 24 m)

 

L'évolution est contrastée :

  • légère baisse observée depuis plusieurs années qui se poursuit

  • mais les pratiques évoluent, davantage de navigation ou de report vers les ports par rapport au mouillage qui lui diminue 

Grande plaisance : les mouillages tendent à diminuer, tandis que la fréquentation globale des grands navires continue d'augmenter. Les pratiques de mouillage évoluent favorablement, avec une réduction très nette des mouillages sur les herbiers de posidonie (35 % en 2019 → 6 % en 2025). 

 

Petite plaisance (< 24 m)

 

La tendance est différente : 

  • Le nombre de navires distincts fréquentant le Parc augmente également entre 2020 et 2025. 

  • Les mouillages enregistrés via l'application DONIA ont connu une forte progression entre 2019 et 2024, avec : 

    • ×20 sur l'ensemble de la période ; 

    • +70 % entre 2023 et 2024 (×1,7). 

  • En 2025, cette progression se stabilise, sans nouvelle hausse marquée. 

La fréquentation est en forte augmentation depuis plusieurs années. Les mouillages détectés via DONIA ont été multipliés par 20 entre 2019 et 2024, avant une stabilisation en 2025. Malgré une amélioration, la part des mouillages sur les herbiers, le mouillage de la petite plaisance reste plus élevée que pour la grande plaisance (15 % contre 6 % en 2025).

 

Quelques chiffres clés sur le mouillage des navires au sein du Parc naturel marin du Cap corse et de l’Agriate

Évolution des mouillages sur les herbiers de Posidonie

Exemple de procédure au sein du Parc

90 000 € d'amende et 3 ans d'interdiction de naviguer en France pour un mouillage illégal dans un herbier de Posidonie :

Le Tribunal maritime de Marseille a condamné en première instance le capitaine du yacht de luxe Laurie I (37 mètres) pour avoir jeté l'ancre dans une zone interdite du Parc naturel marin du Cap Corse et de l'Agriate, au sein d'un herbier de posidonie protégé. Cette décision fait suite à une procédure engagée après un contrôle réalisé par les inspecteurs de l'environnement du parc en juillet 2025.

Le capitaine a été condamné en première instance à une amende de 90 000 euros, ainsi qu'à une interdiction de naviguer dans les eaux françaises pendant trois ans.

 

 

Un yacht de 37 mètres ancré au cœur d'un habitat protégé

Les faits remontent à juillet 2025. Lors d'une opération de surveillance menée dans les eaux du Parc naturel marin du Cap Corse et de l'Agriate, et grâce au signalement d’un observateur, les inspecteurs de l'environnement ont constaté la présence du Laurie I, navire de 37 mètres de long battant pavillon maltais, dans une zone où le mouillage est interdit afin de préserver les herbiers de posidonie. Malgré une réglementation clairement établie, le navire avait jeté l'ancre sur cet habitat marin particulièrement fragile. Les agents du parc ont procédé à la verbalisation du capitaine. La procédure a ensuite été transmise à l'autorité judiciaire, qui a engagé les poursuites devant le Tribunal maritime de Marseille.

Les herbiers de Posidonie : un patrimoine naturel indispensable à la Méditerranée

Endémique de la Méditerranée, la posidonie forme de vastes herbiers sous-marins qui comptent parmi les écosystèmes les plus riches et les plus précieux du littoral. Véritables forêts sous-marines, ces herbiers constituent des zones d'alimentation, de reproduction et de refuge pour des centaines d'espèces de poissons, de crustacés et de mollusques. Ils jouent également un rôle essentiel dans la qualité des eaux côtières en produisant de l'oxygène et en contribuant à leur transparence.

Les herbiers de posidonie rendent par ailleurs des services écologiques majeurs à l'ensemble de la société. Ils participent à la lutte contre le changement climatique en captant et en stockant durablement d'importantes quantités de carbone dans leurs feuilles, leurs racines et les sédiments qu'ils stabilisent. Ils constituent également une protection naturelle du littoral en atténuant l'énergie de la houle et en limitant l'érosion des plages.

Particulièrement vulnérable aux impacts de l'ancrage, la posidonie se caractérise par une croissance extrêmement lente, de quelques centimètres par an seulement. Les dommages causés par les ancres et leurs chaînes peuvent ainsi persister durant plusieurs décennies, voire plusieurs siècles. Préserver les herbiers de posidonie revient donc à protéger à la fois la biodiversité marine, le littoral corse et les nombreux bénéfices que cet écosystème apporte aux générations présentes et futures.

Face à l'augmentation de la fréquentation des yachts de grande taille sur le littoral corse, le respect des zones de mouillage réglementées constitue aujourd'hui un enjeu majeur de préservation du patrimoine naturel marin. Les navigateurs, soucieux de respecter les règles de mouillage, disposent de nombreux outils à leur disposition : les cartes marines du SHOM, ainsi que les applications Nav&Co et Donia.

Une réglementation spécifique pour les navires de grande plaisance

Afin de protéger les herbiers de posidonie, une réglementation du Préfet maritime de Méditerranée encadre strictement le mouillage des navires de grande plaisance le long du littoral méditerranéen français. Les navires d'une longueur supérieure ou égale à 24 mètres ont l'interdiction de mouiller sur les herbiers de posidonie. Des zones d’interdiction de mouillage pour ces bateaux sont aujourd’hui clairement indiquées sur les cartes marines. Ils doivent privilégier les zones sableuses autorisées, souvent éloignées de la côte, ou les dispositifs de mouillage organisés lorsqu'ils existent. Cette réglementation, mise en place pour limiter les impacts de l'ancrage sur les habitats marins protégés, s'applique à l'ensemble des usagers concernés, quelle que soit leur nationalité. Le respect de ces dispositions constitue aujourd'hui un levier essentiel pour concilier l'activité de la grande plaisance et la préservation durable du patrimoine naturel méditerranéen.

Les agents du Parc : des sentinelles au service de la mer

Souvent perçus comme des acteurs de sensibilisation, les inspecteurs de l'environnement de l’Office français de la biodiversité, établissement public gestionnaire du Parc naturel marin du Cap Corse et de l’Agriate, disposent également de véritables pouvoirs de police de l'environnement. Assermentés et commissionnés, ils contrôlent les activités en mer, constatent les infractions et transmettent leurs procédures à l'autorité judiciaire.

Cette condamnation en première instance envoie un signal fort : les atteintes aux herbiers de posidonie ne sont pas des infractions mineures. Elles sont susceptibles de donner lieu à des sanctions pénales significatives. Ce jugement souligne également l'importance du respect de la réglementation applicable à l'ensemble des usagers de la mer, quels que soient le type ou la taille de leur navire.

Le Parc naturel marin du Cap Corse et de l'Agriate poursuivra ses actions de contrôle et de sensibilisation afin de préserver durablement les espaces marins remarquables dont il a la responsabilité.

Réflexion sur l’affaire du mouillage illicite sur un herbier de Posidonie : la Cour d'appel d'Aix-en-Provence précise les conditions de réparation du préjudice écologique

 

Une affaire emblématique de mouillage illicite sur les herbiers de Posidonie

 

Par un arrêt rendu le 1er juillet 2026, la Cour d'appel d'Aix-en-Provence s'est prononcée sur une affaire de mouillage illicite concernant le voilier SAHARET OF TYRE (33 mètres). En 2023, ce navire avait été contrôlé à trois reprises dans des zones soumises à une réglementation interdisant le mouillage des navires de plus de 24 mètres afin de préserver les herbiers de posidonie : à Belvédère-Campomoro, à Hyères et au sein du Parc naturel marin du Cap Corse et de l'Agriate, au large de la marine de Giottani (Canari, Haute-Corse).

En première instance (jugement du 26 septembre 2025), le Tribunal maritime de Marseille avait déclaré le capitaine coupable de ces infractions, le condamnant à une amende de 10 000 euros et à une interdiction de naviguer dans les eaux territoriales et intérieures françaises pendant un an. Il avait également retenu l'existence d'un préjudice écologique, condamnant le capitaine à verser 93 073 euros à l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse afin de réparer les atteintes portées aux herbiers de posidonie.

 

La Cour d'appel d'Aix-en-Provence confirme la condamnation pénale du capitaine. En revanche, elle infirme la condamnation prononcée au titre du préjudice écologique, estimant que les éléments produits ne permettent pas de démontrer l'existence d'une atteinte effective et non négligeable aux herbiers de posidonie. Cette décision conduit à une appréciation plus exigeante des conditions de reconnaissance du préjudice écologique.

 

Une évolution de la jurisprudence en matière de reconnaissance du préjudice écologique

Cet arrêt marque toutefois une inflexion de la jurisprudence en matière de réparation du préjudice écologique résultant des mouillages illicites sur les herbiers de posidonie.

Jusqu'à présent, le Tribunal maritime de Marseille avait admis, dans plusieurs affaires, que le mouillage d'un navire de grande plaisance sur un herbier de posidonie permettait, au regard des caractéristiques du navire, de son ancrage et des connaissances scientifiques disponibles, de présumer l'existence d'une atteinte aux herbiers. Cette approche permettait ensuite d'évaluer le préjudice écologique à partir de méthodes scientifiques fondées notamment sur la surface potentiellement impactée, la durée de régénération de la posidonie et la valeur des services écosystémiques rendus par cet habitat.

Par son arrêt du 1er juillet 2026, la Cour d'appel d'Aix-en-Provence adopte une approche différente. Elle rappelle que la seule violation de la réglementation relative au mouillage ne suffit pas à caractériser un préjudice écologique indemnisable.

Elle considère que le risque d'atteinte aux herbiers ne peut être assimilé à la preuve de sa réalisation et qu'il appartient aux demandeurs d'établir, dans chaque affaire, l'existence d'une atteinte effective et non négligeable aux éléments ou aux fonctions de l'écosystème avant toute évaluation de son montant.

Elle souligne l'importance de disposer, lors des opérations de contrôle, d'éléments techniques et scientifiques permettant de démontrer l'existence du dommage écologique indépendamment de la seule constatation de l'infraction.

Cette évolution jurisprudentielle constitue un enjeu majeur pour les gestionnaires d'aires marines protégées, les services de contrôle et les associations de protection de l'environnement. En renforçant les exigences de preuve du dommage écologique, elle souligne la nécessité de disposer de protocoles de constatation toujours plus précis et de méthodes scientifiques permettant d'établir, de manière objective, l'existence et l'étendue des atteintes portées aux herbiers de posidonie. Le PNMCCA essaye d’effectuer régulièrement ces constations.